Aspie-ration

Je n’ai jamais aimé parlé de mon autisme. Je crois qu’avant l’âge de 26 ou 27 ans. Je n’en parlais jamais. Et puis, d’un coup, je me suis mise à en parler tous les jours. Le simple fait d’avoir rencontré une personne qui était comme moi et s’en fichait des regards, malgré son jeune âge, m’a inspiré. Je ne sais pas si le dire aurait changé mes relations passées. Ce que je sais, c’est que tous les jours, ce n’est pas évident.

Ce n’est pas évident car je vis dans ma tête et que je dois essayer d’aller vers les autres. Le fait d’avoir été différente toute ma vie m’a conduit à des systèmes d’auto-défense et de protection dont j’ai du mal à me défaire.

Je ne veux pas m’enfermer dans des routines ou des rituels et me priver de vivre, mais j’ai besoin de ça pour être rassuré. J’ai un temps de concentration très limitée et je me disperse vite. J’ai du mal à me faire des amis et à les garder. Et je ne vis aucune histoire d’amour car j’ai appris avec le temps que j’aimais sans compter mais qu’il était difficile pour autrui de m’aimer.

C’est un handicap qui est compliqué. Déjà car il existe sous bien des formes. Ensuite, car si on demande à une personne en fauteuil roulant de monter un gros escalier, on va trouver ça absurde ! Si on demande à un enfant autiste de ne pas se tenir les oreilles alors qu’il y a trop de bruit, on va trouver ça absurde ! Mais, comme mon handicap ne se voit pas, on me demande d’avoir l’air normal.

Depuis toute petite, on me demande d’être normal sans avoir une conception de ce qu’est la normalité. Et pour être gentil, les gens me disent « on est tous différents, personne n’est normal, moi aussi … » Certes. La différence, c’est que j’ai un manque. Pas constant. Comme une personne en fauteuil roulant n’est pas handicapé quand elle en train de manger, de lire ou de regarder la télé, je ne suis pas handicapée à tous les moments de ma vie. Quand, je le suis, j’ai un vrai manque.

Et ce manque est particulièrement visible dans mon rapport à l’autre. Au niveau social et familial, j’essaye encore d’apprendre à me protéger. Car je demande une forte attention et je ne l’ai pas. Je suis isolée car j’ai peur de blesser en étant trop pressante et en oubliant ensuite.

A coté de ça, je suis heureuse d’arriver à m’en sortir. Et pour la première fois, j’ai fait les démarches pour que ce soit reconnu au travail. Quand je pense à ce que j’ai pu traverser dans mon premier travail, je me dis que j’aurais du le faire, à l’époque. J’avais peur de ne pas pouvoir rester à mon poste : comme ma mère continue de me faire peur à ce sujet : « si tu es reconnu travailleur handicapé, ça va te pénaliser. » mais j’ai envie de ne plus me cacher. Parce que je dois m’assumer à 100% pour essayer d’être totalement heureuse.

Un commentaire sur “Aspie-ration

  1. « je dois m’assumer à 100% pour essayer d’être totalement heureuse »
    C’est la clé même si cela prend du temps d’arriver à cette conclusion là.
    Merci pour ta confiance et ton partage.
    Au plaisir!

    J'aime

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