Fanficsong : le Privilège

Une Fanficsong est une histoire inventée à partir d’une musique. La musique qui a inspiré cette histoire est le privilège de Michel Sardou qui est pour moi l’une des plus belles musiques sur la thématique du coming out.

La différence est jugée par nombreux comme une maladie. Difficile pour lui de cacher ce qu’il savait être sa réalité. Rien n’était perceptible sur lui alors qu’il marche dans le pensionnant. Luke n’avait jamais su ce qui l’attendait sur le chemin de l’âge adulte et il aurait préféré être un enfant plus longtemps pour ne pas avoir à se retrouver dans le doute de ces sentiments.

Luke rejoint ses amis devant l’entrée de la classe, le professeur est en retard. Il croise deux yeux azurs remplis de doutes et de tristesses. Luke les évite, il sait mieux jouer la comédie, il ne laissera aucun sentiment être visible sur son visage. La chance est de son coté, puisque la porte de la salle de classe s’ouvre et qu’il s’engouffre dedans allant s’asseoir près de Flore.

 

Dans le dortoir, Luke remonte les chaussettes de football à ses jambes. Il enfile ses crampons. « Arrête. » Il tourne le regard en direction d’Antoine, hochant négativement de la tête. Pas là. D’autres pourraient rentrer et d’autres pourraient les voir.

 

Antoine sait qu’il doit être patient. Il s’est reculé pour s’installer sur le lit d’en face, se mettant à parler du match pour lequel Luke se prépare. Il essaye d’être joyeux, mais il n’a jamais su jouer la comédie et est blessé par le ton rieur et indifférent de Luke. La voix d’Antoine est de plus en plus blessée et Luke se renferme davantage à sentir la peine qu’il cause savant parfaitement dissimuler chacune de ses pensées.

 

Ce sentiment qui le transperce, il ne peut pas en parler. Antoine s’est confié à sa mère. Luke ne peut l’imaginer. Sa mère le penserait malade et son père le condamnerait avant même qu’il n’ait commis l’ignoble crime. Il se hait. Il se hait de cette vérité qui semble se creuser dans son cœur et qui va à l’encontre de toutes les règles, toutes les lois et tout ce qu’on lui a enseigné. Il voudrait être n’importe où sauf pas.

 

Les semaines passent et le temps les éloigne inexorablement. Au téléphone, en larmes, Antoine supplie sa mère. « Je ne veux pas rester ici pendant les vacances. Je t’en prie, maman. Je veux rentrer.

─ Je t’en prie, on a déjà parlé. Tu dois rester là. Ce n’est pas sûr d’être à l’extérieur en ce moment.

─ Maman, je ne veux plus dormir en pension.

─ Je comprends, Antoine …

 

Elle cède, elle ne supporte pas de l’entendre pleurer. Elle ne supporte pas de l’entendre aussi mal. Tant pis pour la guerre, tant pis pour le prix du billet.

 

─ Très bien, je vais dire au directeur que tu rentreras. Sois sage en attendant.

 

Elle a écrit une simple lettre de sa fine écriture et l’a envoyé au directeur. Dans les vapeurs du train, son fils est rentré. Son petit garçon qui avait tellement d’étoiles dans les yeux et qui n’a désormais plus que le brouillard. Elle a glissé ses bras autour de lui mais il les a évité. Les premiers jours, il a du mal à la regarder. Il ne veut pas l’inquiéter. Il ne veut pas qu’elle sache. Les mots qui s’échappent des autres. Fragile, pédé, tapette. C’était de sa faute. Il s’était confié idiotement. Lui et sa bêtise !

 

 

Luke frappe violemment contre le ballon sur le sol. Il n’a plus une once de fierté et semble tellement l’être pourtant. Sa mâchoire carrée apostrophe tout ceux qui essayent de venir le calmer.

 

─ Il fait froid, il devrait rentrer. 

─ Foutez-moi la paix ! Je veux m’entrainer !

 

 

Qu’on lui foute la paix. Il a honte de ce qu’il ressent pour Antoine. Il a honte de ne pas avoir protégé ce dernier aussi. Pourquoi avait-il eu le besoin de dire qu’il était gay ? C’est quoi ce mot. L’homosexualité, c’était presque un gros mots. On ne peut pas tout avouer. On ne devrait pas tout dire. Il a beau être absent, Luke le voit marcher comme un fantôme dans chaque couloir de ce maudit pensionnant, avec ses grands yeux bleus perdus et son regard hautain qui dit : « je suis ce que je suis, accepte-moi comme ça. »

 

Forcément qu’il a des ennemis. Tout le monde cache ses secrets et tout le monde en a. Pourquoi lui aurait le droit de les porter fièrement. C’était si simple, cet été quand ils étaient près de la rivière, dormaient dans le même lit et jouaient de caresses innocentes. C’était si simple de rire, de boire, de se déshabiller et de s’enlacer.

 

Luke n’était pas idiot. Il entendait le bruit des battements de son cœur la nuit quand Antoine dormait, mais ça lui suffisait. C’était leur bulle d’oxygène mais ça ne suffisait pas pour Antoine. Luke savait retenir la passion et l’envie des corps et ne voulait pas montrer ce qu’il ressentait. Les années de pensionnat se seraient un jour terminé et leur histoire secrète avec. Ils pouvaient se marier et garder tout cela secret. Si seulement, Antoine apprenait qu’on est jamais ce qu’on prétend être et qu’il faut savoir jouer la comédie.

 

Seulement, l’erreur c’était bien lui qui l’avait commise. C’était bien lui qui au bal de noël avait embrassé Antoine. C’était bien lui qui l’avait enlacé et l’avait rassuré. Et c’était lui encore, qui en janvier, lui avait reproché de se comporter en filles en se mettant à pleurer pour quelques coups dans les couloirs et quelques mots mauvais. Lui qui avait dit à Antoine d’assumer le fait d’avoir avoué son homosexualité comme on dirait à un criminel d’assumer sa faute. C’était lui qui encore avait fait en sorte de ne jamais s’asseoir à coté d’Antoine, le désavouant publiquement en tant qu’ami sans le vouloir, de peur qu’on ne lise en lui ses sentiments.

 

Les pleurs d’Antoine ne sont que la nuit, il ne veut pas blesser sa mère, il ne veut plus de sa tendresse : est-ce elle qui l’a rendu ainsi ? Elle a toujours été si tendre et l’a encouragé à être créatif ? Elle aurait du lui apprendre à être dur comme Luke. Seulement, cela n’a pas aidé Luke. Antoine divague dans ses pensées. A-t-il rêvé ce baiser ?

 

Le froid est prenant. Luke profite de la sortie au village pour s’éloigner des autres. Il a attrapé son téléphone portable et a ouvert le navigateur en privé, légèrement paranoïaque. Il cherche : comment guérir de l’homosexualité ? Maladie homosexualité? Est-ce que Dieu protège les gays ?  

 

La seule question qu’il se pose vraiment, c’est que penseront ses parents une fois rentrés à la maison. Son frère, ses cousines et leurs amis si guindés. Il pourrait essayer de trouver un moyen de répondre autrement à ses pulsions. Par la prière, par le sport, les études et la religion. Il parviendra à s’en sortir.

 

La mère d’Antoine a poussé la porte de sa chambre. Elle a posé sa main dans les cheveux clairs de son fils. « Raconte-moi. » Il se met à pleurer, encore plus honteux de ne retenir ses larmes. Elle le connait que trop bien. Elle voudrait qu’il n’ait jamais eu à connaître le collège et le lycée. Savoir qu’il était un étranger dans son corps, ça la blessait. Lui qui avait toujours été si doux, gentil, créatif et sûr de lui. Un grand sourire que le monde pouvait détruire.

 

─ Je l’aime tellement …

 

Ce n’étaient pas les insultes, ni même les coups qui pouvaient le blesser. Il pouvait tout supporter avant d’avoir déçu et blessé Luke. Il aurait du attendre et ne jamais se confier sur son homosexualité. Il pensait qu’en le disant, Luke se rendrait compte que le monde avait changé. Mais il y a des personnes qui aiment la haine.

 

Sa langue se fait plus rapide que sa pensée et Antoine parle de chaque instant avec Luke. Tantôt, il le décrit comme un être exceptionnel et puis ensuite comme le plus parfait des connards. Peindre un sentiment, ce n’est pas évident. Il est tout à la fois, le pire et le meilleur pour lui.

 

Antoine raconte les filles avec qui sort Luke. Elles sont toutes jolies. Lorsqu’il est avec elles, il le voit moins mais parfois quand Luke remarque qu’il l’observe, il lui fait un clin d’œil et lui dit de venir. Antoine soupire. Il parle des filles que Luke lui a présenté. Que c’est ainsi qu’il s’est fait une amie et qu’il s’est confié à elle. La rumeur a vite fait le tour du pensionnat.

 

─ Je ne veux plus y retourner.

 

Elle l’a forcé à y retourner. Il faut affronter la réalité selon elle et il ne peut rester. La guerre est plus dangereuse que le mal d’amour. Elle l’espère. Perdre son fils pour cette peine la détruirait. Il a changé de lit et a décidé d’ignorer Luke. Il doit se construire et le voir aussi prêt de lui le détruit.

 

Les amis s’excusent, ils se sentent idiots de ne pas l’avoir remarqué – comme-ci c’était marqué sur son front – et ils se sentent idiots de ne pas avoir réagit avec davantage de chaleur. Antoine rit à coté d’eux et ignore les calomnies et les insultes des brutes qui s’en prennent à lui.

 

Luke rejoint le groupe, sans parvenir à trouver sa place. Il et mal à l’aise. Il a lu beaucoup de choses, du pire au meilleur, sur l’homosexualité. Il ne veut pas finir enfermé, torturé et mourir pour atterrir en enfer. Le chemin que prend Antoine lui semble dangereux.

 

Ses pensées lui donnent raison quand Antoine se retrouve à l’infirmerie pour avoir été frappé par deux brutes du village. Sa mère inquiète ne peut pas venir, le pont a sauté. Elle supplie dans une conversation téléphonique entrecoupée de bruits sourds le directeur de prendre soin de son fils.

 

En le voyant allongé sur son lit, Luke sait qu’il ne pourra jamais se confier. Il a une maladie qui le fait aimer Antoine mais pour leurs biens à tous les deux, ils ne doivent plus jamais se parler.

 

Luke passe son temps avec les sportifs et les brutes qui blessaient Antoine. Antoine passe son temps avec Jérémie. L’éphèbe aux cheveux roux semble ne pas savoir tenir un instant sans l’enlacer. Ils sont restés pour les vacances de printemps et Luke aimerait s’enfuir aussi facilement qu’Antoine à a su le faire pour ne pas voir celui qu’il aime avec le capitaine de son équipe de football.

 

Ca a semblé si simple pour Jérémie de prendre la défense d’Antoine et de le prendre soudainement sous son aile. Cela lui a semblé si simple de dire à son équipe : « Il faut être de vraie lavette pour s’en prendre à plusieurs à quelqu’un ! Je suis gay, et à celui que ça pose un problème, je l’affronterai à un contre un comme un homme. »

 

Luke n’arrive pas à comprendre comment Jérémie peut être bien avec ses prières, son équipe et sa sexualité. Il semble prendre tout ça avec tellement de facilité. Ce n’est qu’une torture.

 

─ Si tu continues à jouer aussi mal, je vais te trouver un remplaçant.

─ Fais donc ça.

─ Luke, je plaisantais.

 Pas moi, je me tire.

 

Jérémie a rattrapé son attaquant avec énervement. Il le regarde jeter des cailloux avec rage dans le lac.

 

─ Si t’assumais, ce serait plus simple.

─ Tu baragouines quoi, Jérémie ?

─ Toi et Antoine, ton homosexualité.

─ Qu’est-ce que tu dis ? On est pas tous … comme vous !

 

Luke s’est retourné avec colère. Il hésite entre se jeter sur Jérémie ou s’enfuir. Qu’est-ce qui lui prend de s’attaquer de cette façon à lui. Qu’est-ce qui lui prend de lui balancer des horreurs.

 

─ J’en veux pas de ta gonzesse ! siffla Luke, tombant dans le lac sous le coup de poing de Jérémie, buvant la tasse et en sortant rapidement.

 

Jérémie lui tend la main, il ne la prend pas. Luke se redresse pour partir trempé, gueulant après Jérémie. Avec la guerre, c’était impossible que son père lui renvoie de sitôt un téléphone portable.

 

Et même si …, dans aucun d’entre eux, il n’y aurait les photographies qu’il avait perdu.

2 commentaires sur “Fanficsong : le Privilège

  1. J’aime beaucoup cette chanson
    Et ce texte est très émouvant. La différence a toujours été et sera toujours compliquée à vivre, à assumer.
    Il faudrait plus de bienveillance et moins de jugement. Pour que le monde soit moins hostile, pour que les secrets ne soient plus si lourds à porter, pour que les individus soient libres d’aimer, de s’aimer.

    J'aime

    1. C’est compliqué et j’ai l’impression qu’à chaque pas en avant, on recule de dix en même temps. Et qu’on a bien du mal à évoluer.

      J'aime

Un mot à mettre ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.