Ce n’est pas la faute à Voltaire si Gavroche est tombé par terre.

Est-ce de la faute à Voltaire si les enfants tombent ? Si les enfants meurent ? Est-ce de la faute à Voltaire, si on meurt et « qu’on rentre dehors », plutôt qu’on sort chez soi. Longtemps, les enfants crurent en dieu, jusqu’à ce que dieu les emporte un a un. La misère, elle est en bas de chez soi. La guerre, elle est de l’autre côté. Fermes les yeux, tu ne les verras pas. Si tu ne la vois pas, elles n’existent pas. La faim, la soif. Un bout de pain, une maladie anodine qui tue. C’est comme les loups dans les histoires, ça n’existe pas. Le Sida, la tuberculose, l’hépatite C, maladie de riches, maladie de pauvres. On aime nous opposer. Jusque dans les fictions. Car la richesse définirait qui on est. Elle fait partie des maladies du siècle que je n’aurais pas.

 

Parfois, je pleure. Je pleure sans larme en pensant à Gavroche. Gavroche à la peau noire. Gavroche à la peau jaune, à la peau blanche. A la peau café de lait. Parfois, je pleure. Quand je vois, l’enfant qui tend sa casquette devant des militaires français qui viennent de la grande ville de Paris. Et puis, je me dis que j’oublie. Que j’oublie ce qu’il disait. Que j’oublie que dans mon quartier, dans ma ville, dans mon monde, certains meurent et que moi, je ne fais rien. Pour eux.

 

La mort doit se plaindre, elle doit se dire : « Fichtre ! Voilà qu’on me tue mes morts. » La pauvre n’y peut rien ! Elle n’a plus le temps de rentrer dans un foyer, que le foyer est en feu et que les flammes se changent en drame. Il y a d’un côté les enfants armés et de l’autre les enfants gâtés. Puis il y a mes frères, mes sœurs et moi, les gavroches qui ne savent plus très bien pourquoi ils sont là. Est-ce bien ? Est-ce mal ?

 

Est-ce la faute à Gavroche. Les enfants tombent et les balles sifflent. On manque de médecin, on manque de moyens. L’éducation nationale n’a pas de professeurs à offrir. On laisse les banlieues se pourrir entre elles et les dealers en bas des cités. Dans les campagnes, le vieux attendent qu’on vienne. Ma grand-mère aussi. Je trouve toujours que je n’ai pas le temps. Le temps viendra où je regretterai de ne pas l’avoir trouvé.

 

Quoiqu’il en soit, les professeurs n’iront pas dans les banlieues et les médecins n’iront pas à la campagne, ils ne seraient pas assez bien payés, assez bien fourni, et la mort pourra dire dans un sourire : « Tiens, depuis quand les médecins reportent-ils leur ouvrage ? »

 

Parfois, on se demande ce qu’on fait de nos vies. Souvent, je me demande ce que je ferai de ma mort. « Que voulez-vous, monsieur, nous autres pauvres gens, nous mourrons nous-mêmes. » mais nous mourrons bien, en ayant vécu. Est-ce mourir bien quand on a trois ans qu’on meurt de faim et de l’autre côté, on nous pollue de bannière nous prévenant contre l’obésité. Ne serait-ce pas plus urgent de s’occuper de ceux qui ont faim, que de ceux qui prennent plaisir à se gaver comme des oies. Parce qu’on est pas humain en premier, parce qu’on est d’abord une nationalité. Chacun défend sa couleur de drapeau ou sa couleur de peau. Les origines ont de l’importance, mais l’humanité peut bien crever.

 

L’ordre de priorité n’est pas à une entraide mondiale. L’ordre est au capitalisme primaire.

D’oser encore penser, qu’on ne peut rien y faire, alors qu’on a tout à y faire. Est-ce être humain que de fermer les yeux.

 

Des excuses. Minables et pitoyables.

 

Gavroche se fit tuer, après bien des balles. Il ne perdit jamais l’espoir. Mais, le peuple français est mort, depuis que l’espoir a tiré ses dernières balles. Chacun jouant une partition d’égoïsme, d’insulte et de renfermement. Hier, encore, nous étions des esclavagistes. Hier encore, on était des cerfs. Hier encore, nous étions de mèches avec les nazistes. Hier encore, nous étions conquis par les romains.

Demain encore, on sera des révolutionnaires. Demain encore, on sera des Jeanne d’Arc. Demain encore, nous voudrons l’égalité. Demain encore, on se battra. Demain encore, on prouvera. Demain encore, on lancera le pavé. Demain encore, on abolira nos chaînes. Demain encore, on reconstruira. Demain encore, on protégera les peuples qui en ont besoin. Demain encore, on sera Humain avant d’être Français.

 

Demain encore, Gavroche se relèvera.   

 

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